Le Guerrier de l’âge du Bronze : image d’archéologue et archéologie de l’image
La genèse du guerrier, en tant que spécialiste de la guerre, lourdement équipé, est une des questions les plus lancinantes de l’archéologie de l’âge du Bronze depuis les premières découvertes archéologiques au XVIIIe siècle et en particulier les épées, si nombreuses durant la deuxième moitié du IIe millénaire.
L’apparition de cet homme en armes est souvent corrélée à l’émergence d’une nouvelle société où le métal joue un rôle de plus en plus prégnant à partir de la fin du IVe millénaire. Un processus qui amorce les changements sociaux de l’âge du Bronze et en particulier l’émergence de l’individu qui vient en écho aux sources antiques du VIIIe siècle avant notre ère (Hésiode, Homère, etc…) et la mise en exergue du Héros.
Que des preuves de violence ou de guerre (comme à Tormarton, Tollense, Sund, Roca Vecchia, etc.) viennent s’ajouter à la documentation actuelle ne nous en dit pas forcément davantage sur les raisons de ces affrontements. En effet, on a tendance à mettre en avant des causes économiques (les réseaux commerciaux) ou démographiques, mais l’on sait que des motifs d’ordre psychologique -ruptures d’alliance, rapts, problèmes frontaliers, vexations, injures, superstitions, envie d’en découdre- sont aussi de puissants facteurs de confrontation. Et au sein de cette documentation, le guerrier ne transparaît pas.
Bien souvent, le guerrier ou en tout cas son équipement (sa panoplie) est une image d’archéologue qui associe différents éléments (armement offensif et défensif) pour tenter de restituer un « guerrier type ».
Nombreuses ont été les tentatives, dont celles de P. Shauer dans les années 70 qui a malheureusement fixé des images dans la tête du grand public et de bien des chercheurs. À l’époque, nombreuses aussi ont été les critiques ou les truculentes distances comme J. Coles et son « pan european dandy ».
Cette communication sera l’occasion de revenir sur cette image d’archéologue du guerrier et de la confronter à une archéologie de l’image. En effet, des hommes en armes, des « machines de guerre » (chars et navires), des scènes de combat existent dans les images laissées par les gens de l’âge du Bronze, qu’il s’agisse des stèles d’Estrémadure ou de Corse, des pétroglyphes de Scandinavie ou des bronzetti sardes pour ne citer que quelques-unes d’entre elles. Ces images mettent en exergue des traits réels ou fictifs attachés à l’homme en armes, iconographie chargée de masculinité (hommes ityphalliques), d’un idéal de beauté virile, etc… qui posent aussi de nombreuses questions.
Loin de proposer, à nouveau, des restitutions du guerrier, cette communication se veut une réflexion autour des limites accordées à l’archéologue pour restituer le passé et de la valeur que l’on donne aux images laissées par les contemporains de ce passé.