Le passé dans le présent ou l’inverse - Histoires de la reconstitution du passé par l’illustration / Conclusion du colloque
Tessons, éclats, structures en creux, sols arasés, sites tronqués, matériaux organiques disparus - l’archéologie ne nous livre bien souvent que des fragments. Peu de choses pour dresser une image vivante de la vie du passé.
Malgré de nombreux éléments que les sciences appliquées à l’archéologie apportent aujourd’hui, il reste difficile pour les scientifiques de dresser une image complète des sites à l’époque de leur fréquentation et de leur fonctionnement. Il est encore plus difficile de traduire les interprétations en images pour le grand public. Et pourtant, ce sont ces images qu’attend le public. Elles sont un outil de communication et contribuent à forger l’imaginaire historique de la société. À certaines époques, les images de reconstitution de la vie du passé sont devenues des outils idéologiques tantôt scientifiques, tantôt politiques.
Dès les premières découvertes archéologiques au 19e siècle, apparaissent des reconstitutions illustrées des objets mais aussi des scènes de vie du passé. Le but étant de rendre intelligibles les interprétations des archéologues mais aussi de susciter la curiosité du public sur la discipline en répondant à la question : c’était comment avant ?
Au contraire des époques tardives (antiques, médiévales, modernes), qui livrent une panoplie de documents graphiques et de textes, les cultures sans écriture sont parfois très lacunaires. Faute de documents, les reconstitutions du passé semblent incertaines ou même périlleuses. De ce fait, elles sont particulièrement sujettes à des interprétations discutées et discutables. Les auteur.e.s, d’horizons divers et variés, s’appuyant sur l’état des connaissances scientifiques et s’autorisant plus ou moins de liberté artistique sont aussi pris dans l’imaginaire historique, scientifique et social de leur époque. Peut-être aussi que ces représentations étaient conditionnées par les contraintes techniques de production et de reproduction des images : de la gravure sur papier jusqu’au dessin assisté par ordinateur.
Aujourd’hui, avec l’émergence de l’intelligence artificielle, les outils informatiques ont connu une évolution spectaculaire. Et si on interrogeait la génération d’images IA, fixes et animées, pour dessiner le passé ? Rencontre-t-on de nouveaux biais ? Pourquoi certaines images paraissent si aberrantes aux yeux des scientifiques ? Et en quoi les aberrations elles-mêmes pourraient être source de réflexion pour eux ?
Dans des contextes sociaux, politiques et scientifiques en évolution permanente, l’illustration et la reconstitution du passé vivent une transformation constante entre objectivité, intentions, convictions, idées reçues. Les images en elles-mêmes deviennent un sujet d’étude représentant beaucoup plus que de simples tentatives de reconstitution mais des témoins d’époques, de mentalités, d’idées et d’idéologies. L’illustration est une décision, un parti pris, qui offre une proposition mais aussi une base de discussion, d’interrogation et de perspective pour la recherche.