Redonner des visages aux familles néolithiques de Gurgy « Les Noisats » grâce à la biologie
Les toutes récentes évolutions techniques dans le domaine de l’archéologie moléculaire ont permis ces dernières années d’accéder à de nouvelles découvertes, notamment dans la reconstruction de liens de parenté qui permettent de voir se dessiner sous nos yeux des généalogies du passé. C’est ainsi que notre équipe a publié en 2023 des familles néolithiques inédites, par leur taille et leur ancienneté. En effet, grâce à un échantillonnage exhaustif et à l’application d’une méthode de capture, nous avons obtenu des données génomiques pour 94 des 128 individus du site de Gurgy « les Noisats » (Néolithique moyen, Yonne). Nous avons reconstruit deux grandes généalogies, la plus importante couvre sept générations et rassemble 63 individus. Au-delà des apparentements génétiques, ces généalogies nous ont permis d’explorer la potentielle structure sociale du groupe, sa taille, ses schémas de mobilité, ainsi que ses pratiques funéraires et l’organisation spatiale de la nécropole. Nous avons ainsi observé un fort système patrilocal, avec une lignée paternelle unique pour les deux familles, ainsi que des indices de patrilinéarité. Le groupe pratique l’exogamie féminine et l’absence d’apparentement entre les femmes exogènes suggère un vaste réseau régional. Les parentés biologiques éclaircissent l’organisation spatiale du cimetière, montrant des regroupements de sépultures selon la chronologie et les familles nucléaires, invisibles avec les seules données archéologiques. Les liens de parenté nous ont également permis de contraindre l’intervalle chronologique et de proposer une durée réduite de la phase d’occupation du site.
Quand est venu le moment de penser à la valorisation de tels résultats, il nous a semblé important de donner des visages aux maillons de ces arbres généalogiques. C’est alors qu’est intervenue Elena Plain Cantoni, artiste peintre qui a accepté de se prêter au jeu. Grâce aux données génomiques que nous avons obtenues, la majorité des individus avaient un profil phénotypique révélant la pigmentation de leurs cheveux, de leurs yeux et de leur peau. En parallèle, l’âge au décès et le sexe biologique des individus ont été obtenus grâce à l’étude ostéologique classique et à l’analyse génétique pour le sexe des immatures. Nous avons également pris en compte les (rares) parures présentes dans les tombes, faisant le choix délibéré d’associer les parures funéraires à des portraits d’individus vivants. Par ailleurs, nous avons choisi de ne pas représenter les informations manquantes, ainsi, quand les pigmentations n’ont pu être obtenues en raison de la faible qualité des données génétiques, les couleurs ont été laissées blanches. L’ensemble de ces informations combinées a servi de base scientifique à l’expression artistique. L’artiste a ainsi donné des visages aux 63 individus néolithiques composant cette grande famille vieille de 6700 ans, donnant au grand public la possibilité de s’approprier ces parents d’un autre âge.