Archéologie numérique et expérimentale : élaboration du protocole expérimental de la structure 30 du site chasséen Paris-Bercy et étude des maisons néolithiques reconstituées
L’archéologie expérimentale a permis de mieux comprendre les techniques de construction mises en oeuvres dans l’architecture néolithique. En France, ces reconstitutions présentent une forte homogénéité car elles sont majoritairement fondées sur des données issues du Néolithique Ancien, notamment des cultures Rubanée et BVSG. Cependant, les caractéristiques architecturales choisies pour les reconstitutions ne sont pas toujours attestées archéologiquement, telles que les couvertures de toit en chaume, et dépendent de contraintes modernes ou de sécurité. De plus, la documentation et le suivi de ces reconstitutions après leur construction sont rares, limitant l’analyse des processus de dégradation et d’évolution structurelle. Ces constats soulignent une problématique majeure : bien que les reconstitutions aient une vocation pédagogique, elles peinent à répondre de manière satisfaisante à des questions scientifiques spécifiques tels que les processus taphonomiques, notamment à cause de la fiabilité des méthodes employées. Pour pallier ces lacunes, mes recherches visent à analyser les reconstitutions architecturales néolithiques en France, tout en élaborant un protocole expérimental appliqué à la structure d’habitat 30 du site chasséen de Paris-Bercy (Néolithique Moyen).
Mes recherches adoptent une approche interdisciplinaire combinant archéologie numérique et archéologie expérimentale. Les différents modèles 3D de la structure 30 basés sur des données archéologiques ont permis d’explorer plusieurs hypothèses architecturales, conduisant à la définition des paramètres techniques du protocole expérimental. Ces modèles sont également un outil de médiation en allant au-delà de l’image figée des reconstitutions physiques, rappelant ainsi au public que toute reconstitution est une hypothèse parmi d’autres possibles. En parallèle, l’étude des reconstitutions existantes a été aussi l’occasion de définir les défis et besoins des reconstitutions futures, permettant ainsi d’affiner le protocole expérimental de la structure 30, notamment en testant d’autres hypothèses telle qu’une couverture en écorce plutôt qu’en chaume. Elle a aussi permis une première compréhension des déformations et des processus taphonomiques post-destruction, menant à la définition des critères d’observation de l’évolution des bâtiments. Enfin, la lasergrammétrie et la photogrammétrie ont été comparées afin de déterminer les outils les plus adaptés pour analyser la transformation des structures dans le temps et affiner les critères d’étude.
Ce poster présentera donc les apports méthodologiques de notre recherche en termes d’outils numériques d’analyse et de critères d’étude des structures architecturales reconstituées sur les parcs archéologiques. Il proposera également les différentes hypothèses techniques de reconstitutions de la structure d’habitat 30 du site de Paris-Bercy et les choix faits pour monter le protocole expérimental qui permettra la construction et l’étude de son évolution. Cette expérimentation, prévue pour la rentrée universitaire 2025-2026, se déroulera sur deux ans au parc départemental des Hautes-Bruyères (Villejuif), en collaboration avec le service Archéologie du Val-de-Marne et l’APERA (Association Pour l’Expérimentation et la Recherche en Archéologie).