Dépoussiérer la Préhistoire à travers des films d’animation, retour d’expérience au Musée de Lodève
Une dizaine de multimédia a été créé dans le cadre du projet d’agrandissement du Musée de Lodève (Hérault). Ils mettent en scène plusieurs populations du Paléolithique au Néolithique et sont disposés tout au long de l’exposition permanente « Empreintes de l’Homme ». Pour leur création, un dialogue s’est instauré entre l’équipe du musée, des archéologues et la scoop « Les fées spéciales » (studio d’animation). Notre objectif commun était de dépoussiérer la Préhistoire et d’essayer de proposer une image actualisée des sociétés humaines. Il était important de sortir de la vision misérabiliste ou caricaturale des peuples pré et protohistoriques et de donner à voir leur ingéniosité, leur capacité d’adaptation à leur environnement et leurs pratiques sociales complexes, dignes des grandes civilisations.
Plus généralement, il s’agissait de donner envie aux visiteurs de vivre et côtoyer ces familles-tribu qui explorent la grotte d’Aldène au Mésolithique, pêchent à la nasse au bord de l’Hérault, puisent de l’eau dans des vases citernes au fond des grottes du Larzac, construisent des dolmens et aménagent des grottes pour leurs morts ou travaillent dans les mines de cuivre de Cabrières-Péret. La présence d’enfants dans ces scènes de vie quotidienne souligne l’importance de la transmission des savoir-faire entre générations, ce qui est un argument attractif supplémentaire pour le spectateur-visiteur du même âge.
Pour les représenter, le choix du dessin animé s’est rapidement imposé. Il a l’avantage de vieillir moins vite que les représentations 3D et il est plus immersif que le documentaire. D’autre part il permet d’évoquer plus que de représenter dans les moindres détails des sociétés ou des activités pour lesquelles il réside des parts d’ombre du fait de la conservation différentielle des vestiges archéologiques. Cet équilibre entre le réel et l’imaginaire réduit les risques d’interprétations douteuses tout en stimulant notre propre créativité.
Cette expérience entre art et science est passionnante à concevoir, à vivre et à poursuivre, loin des contraintes habituelles du cinéma de divertissement ou d’un discours scientifique parfois fastidieux. Elle augure une mutation profonde de nos métiers respectifs et des outils de médiation et initie une nouvelle relation avec le public, que l’on espère sans fantasme ni gadget inutile.