La femme lacustre d’Auvernier. Reconstitution faciale de la « première suissesse » au XIXe siècle vs aujourd’hui
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la fièvre lacustre s’empare de la Suisse. Un véritable mythe nait autour de ce peuple préhistorique que l’on pensait installé sur des plateformes aux milieux des lacs. Le Lacustre devient l’ancêtre idéal et les représentations fantaisistes sont légion.
Cette communication propose de s’intéresser au buste de la femme lacustre d’Auvernier, créé en 1897 par W. Büchly et J. Kollmann, qui se démarque des représentations contemporaines de cette « civilisation ».
Cette reconstitution du visage d’une femme ayant vécu au Néolithique sur les bords du lac de Neuchâtel constitue en effet une première, puisqu’il ne s’agit pas d’une représentation idéalisée mais bel et bien d’une reconstitution scientifique. Seuls ses cheveux et sa draperie témoignent d’une liberté artistique prise par W. Büchly.
J. Kollmann, anatomiste et professeur d’anthropologie à l’université de Bâle, élabore la première méthode de reconstitution faciale basée sur un ensemble de mesures. Ce travail réalisé sur le crâne de la Dame d’Auvernier, considérée comme la « première suissesse » dans les manuels scolaires du début du XXe siècle, amorce un changement dans l’approche des populations anciennes et dans leurs représentations. À cette époque, les scientifiques issus des sciences naturelles montrent un intérêt croissant pour le passé, réservé auparavant aux antiquaires. La démarche de J. Kollmann contribue à la multidisciplinarité progressive de l’archéologie, telle qu’on la connait aujourd’hui.
Dans le cadre de sa prochaine exposition, Destination archéologie, le MCAH souhaite redonner vie aux ancêtres suisses en collaborant avec l’entreprise The living face, qui combine méthode forensique et intelligence artificielle pour recréer des visages. Il est donc envisagé de réaliser cette opération à partir du moulage du crâne de cette femme d’Auvernier présent dans nos collections, afin de comparer et questionner les deux représentations, XIXe siècle vs XXIe siècle.