L’enfant de Beaufort : d’une image à l’autre, l’apport de la paléogénomique dans la représentation archéologique
Les chercheurs, en façonnant une représentation mentale de leurs découvertes, transmettent au grand public une vision marquée par leur propre subjectivité. À travers l’exemple de la tombe de Coste Rouge à Beaufort (Hérault), nous proposons d’examiner cette dimension subjective à la lumière des avancées en paléogénétique. Les analyses dans ce domaine montrent que ces interprétations peuvent parfois s’avérer inexactes, remettant en question l’imaginaire collectif associé aux sociétés anciennes.
La tombe de Coste Rouge a été découverte et fouillée en juillet 2001 sous la direction de Jean Vaquer. Elle constitue certainement l’une des tombes les plus remarquables du Néolithique du Sud de la France. Le squelette d’un seul individu, âgé de 5 à 7 ans, a été déposé dans une structure funéraire submégalithique enterrée.
Attribuée au Chasséen méridional récent et datée au radiocarbone entre 3663 et 3400 avant notre ère (ERL 9626 ; 4743 ± 46 BP), cette inhumation ne connaît pas d’équivalent régional. Tant par son architecture élaborée que par son mobilier abondant, la tombe de Beaufort suggère un statut particulier, probablement élevé, de cet enfant.
Réalisées dans le cadre de trois projets ANR (ANCESTRA, LINK (dir. M. Pruvost) et WOMENSOFAR (dir. G. Goude), les études génomiques et isotopiques de cet individu ont permis d’apporter de nouvelles informations sur son identité biologique et ses origines. Dans cette présentation, nous discuterons de la confrontation des informations obtenues grâce à ces nouvelles techniques avec les données archéologiques et anthropologiques et les nouvelles perspectives offertes par ces techniques pour représenter les groupes néolithiques, en interrogeant les liens entre identités biologiques et identités sociales. Nous questionnerons également le processus de construction du discours scientifique, notamment l’évolution des conceptions archéoanthropologiques à partir du mobilier.