Des os aux individus : comment l’ANR Link redonne une identité aux défunts des dolmens de l’Aveyron
Les vestiges issus de sépultures collectives de la fin du Néolithique illustrent plus particulièrement toute la complexité d’une valorisation et d’une médiation scientifique efficace. Assemblages osseux complexes, fragmentaires, totalisant des centaines de restes humains, parfois sans connexions anatomiques, l’étude de ces collections est fortement conditionnée par la taphonomie et les pratiques de fouilles anciennes. Ces limites archéo-anthropologiques soulèvent des questions cruciales autour de leur valorisation : comment retranscrire, à partir de ces données partielles, la complexité des pratiques funéraires et des dynamiques sociales des groupes protohistoriques ? Quel est le potentiel des nouvelles techniques telles que la paléogénomique pour explorer ces questions ? Avec plus de 800 dolmens, l’Aveyron présente l’une des plus fortes concentrations géographiques de monuments mégalithiques en Europe. Cette densité en fait un laboratoire idéal pour aborder cette problématique. Dans le cadre du projet ANR LINK (ANR22-CE27-0012, coord. M. Pruvost) visant à explorer le fonctionnement des communautés humaines entre la façade Atlantique et la Méditerranée entre le Néolithique et l’Âge du Bronze, l’étude archéo-anthropologique puis paléogénomique de plus de 80 individus provenant des collections de dolmens aveyronnais dormant dans les réserves du musée Fenaille a été réalisée. Les études archéo-anthropologiques ont mis en évidence des usages différenciés de ces monuments, notamment en établissant un lien entre la gestion de l’espace funéraire et le nombre d’individus inhumés. Les résultats paléogénomiques ont permis de préciser les pratiques funéraires, les dynamiques d’utilisation des sites, ainsi que les liens entre eux, offrant ainsi des perspectives inédites sur l’organisation sociale de ces communautés. Au-delà de la production de nouvelles connaissances scientifiques, ces travaux renouvellent l’importance de ces collections pour la recherche et la conservation patrimoniale. Ils soulèvent également plusieurs enjeux pour la représentation scientifique : comment intégrer ces découvertes dans des supports visuels tout en respectant les impératifs déontologiques et les nuances inhérentes aux interprétations archéogénomiques ? Avec un projet d’exposition temporaire au Musée Fenaille, ces questionnements sont partis intégrantes du projet LINK et fondent un atelier de réflexion sur les protocoles, les limites et les opportunités des représentations archéologiques, offrant une plateforme pour redéfinir les critères de rigueur scientifique dans la médiation des sociétés protohistoriques à travers l’ADN ancien.