WEBVTT

1
00:00:09.720 --> 00:00:10.880
Bienvenue sur D-PIAV,

2
00:00:10.880 --> 00:00:12.640
la chaîne de l’image et du droit.

3
00:00:14.040 --> 00:00:15.400
En 2016 à Nancy,

4
00:00:15.480 --> 00:00:17.920
une patiente arrive en salle d’attente
d’un cabinet dentaire. 

5
00:00:18.720 --> 00:00:22.320
Trouvant derrière le comptoir d’accueil
une sacoche, elle décide de s’en saisir.

6
00:00:23.200 --> 00:00:24.600
Elle ne sait pas alors que son geste

7
00:00:24.600 --> 00:00:27.240
est enregistré par une caméra de vidéosurveillance. 

8
00:00:27.840 --> 00:00:30.840
Le dentiste, victime, constatant que l’auteur du vol

9
00:00:30.840 --> 00:00:32.280
est nettement identifiable,

10
00:00:32.280 --> 00:00:34.240
publie la vidéo
sur son compte Facebook.

11
00:00:34.840 --> 00:00:36.800
Il l’accompagne du commentaire suivant :

12
00:00:37.560 --> 00:00:38.920
<i>« Si l’un d’entre vous la reconnaît,</i>

13
00:00:39.280 --> 00:00:42.280
<i>je vous serait infiniment reconnaissant</i>
<i>de m'en faire part.</i>

14
00:00:42.600 --> 00:00:44.800
<i>Cette vidéo est à partager au maximum ».</i>

15
00:00:45.360 --> 00:00:48.520
Ces faits conduisent à se demander
si la victime d’un vol

16
00:00:48.520 --> 00:00:50.720
peut librement publier
sur les réseaux sociaux

17
00:00:51.040 --> 00:00:55.000
la vidéosurveillance identifiant
clairement l’auteur de l’infraction.

18
00:00:56.320 --> 00:00:58.880
La publication de la vidéo,
laquelle a été vue

19
00:00:58.880 --> 00:01:02.240
par des dizaines de milliers
d’internautes, avait permis d’identifier

20
00:01:02.240 --> 00:01:05.720
précisément la patiente
présumée auteur de l’infraction.

21
00:01:07.200 --> 00:01:09.680
La sacoche a été retrouvée
abandonnée dans la rue,

22
00:01:09.680 --> 00:01:12.320
et la patiente avait fini
par se rendre à l’Hôtel de Police.

23
00:01:13.200 --> 00:01:15.160
Elle porte plainte contre sa victime

24
00:01:15.160 --> 00:01:18.800
pour atteinte à la présomption d’innocence
et au respect de la vie privée.

25
00:01:19.800 --> 00:01:22.480
Ces atteintes étaient potentiellement
constituées

26
00:01:22.720 --> 00:01:25.160
par la publication de cette vidéo
sur les réseaux,

27
00:01:25.680 --> 00:01:28.320
manifestant un détournement
de la finalité du système

28
00:01:28.320 --> 00:01:30.680
de vidéosurveillance du cabinet dentaire.

29
00:01:31.840 --> 00:01:34.760
La vidéosurveillance
est pourtant très strictement réglementée,

30
00:01:35.080 --> 00:01:38.040
imposant entre autres
une obligation d’information du public,

31
00:01:38.280 --> 00:01:42.160
une autorisation préfectorale
préalable à l’installation de ces systèmes

32
00:01:42.560 --> 00:01:45.240
et un droit d’accès
et de conservation des images limité.

33
00:01:46.200 --> 00:01:49.160
La suspecte est, quant à elle,
poursuivie pour vol.

34
00:01:49.800 --> 00:01:52.680
La plainte à l’encontre de sa victime
sera classée sans suite.

35
00:01:53.960 --> 00:01:57.960
La protection de la présomption
d’innocence et du respect de la vie privée

36
00:01:57.960 --> 00:02:01.240
peut-elle s’étendre à une personne filmée
en flagrant délit de vol ?

37
00:02:02.200 --> 00:02:04.640
Cette question se pose dans un contexte
dans lequel

38
00:02:04.640 --> 00:02:08.000
la diffusion de ce genre de vidéo,
sur les réseaux sociaux,

39
00:02:08.400 --> 00:02:11.360
pour retrouver les auteurs d’infractions,
se multiplie,

40
00:02:11.360 --> 00:02:14.800
compte tenu de la numérisation croissante
de l’image des personnes

41
00:02:15.040 --> 00:02:16.920
dans des espaces publics et privés.

42
00:02:17.920 --> 00:02:20.560
En l’espèce,
le voleur se trouvait sanctionné,

43
00:02:20.840 --> 00:02:22.920
alors que sa victime
ne l’était finalement pas,

44
00:02:23.400 --> 00:02:27.720
alors même que la diffusion de la vidéo,
appelant à une forme de « délation »

45
00:02:28.120 --> 00:02:31.200
était susceptible de porter atteinte
à la présomption d’innocence

46
00:02:31.280 --> 00:02:33.360
de l’auteur de l’infraction
et à sa vie privée.

47
00:02:34.400 --> 00:02:36.840
On en vient à se demander finalement
si la pratique

48
00:02:36.840 --> 00:02:40.320
ne serait pas tolérée,
confinant ainsi à permettre l’application

49
00:02:40.320 --> 00:02:44.600
d’une loi du Talion 2.0,
au sein d’un tribunal médiatique et public. 

50
00:02:45.720 --> 00:02:49.920
En effet, par diffusion de la vidéo
sur Facebook, l’appel à témoins

51
00:02:49.920 --> 00:02:54.560
du dentiste comporte en lui-même
une déclaration prématurée de culpabilité.

52
00:02:55.400 --> 00:02:57.880
Si la diffusion de la vidéo contribua
sans doute

53
00:02:57.880 --> 00:03:00.320
à la dénonciation volontaire
de la suspecte,

54
00:03:00.560 --> 00:03:04.800
il n’en demeure pas moins que ce fut au prix
d’une justice en quelque sorte « déloyale ».

55
00:03:05.600 --> 00:03:08.040
Pour en savoir plus,
n’hésitez pas à consulter

56
00:03:08.040 --> 00:03:11.760
l’excellente contribution de Marjolaine Yger
sur le site D-PIAV.

57
00:03:12.120 --> 00:03:13.200
À bientôt.